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DiscoursPublié le 1 août 2026

« Pourquoi la Suisse est toujours là ? »

Avenches, 01.08.2026 — Discours du conseiller fédéral Ignazio Cassis, chef du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), à l'occasion de la Fête nationale suisse 2026 à Avenches – Seule la version prononcée fait foi.

Chères Avenchoises, chers Avenchois,
Chers Pique-Soleil d'Avenches, chers Pique-Lune de Donatyre et chers Renards d'Oleyres,
Mesdames et Messieurs,

Quel plaisir d'être parmi vous ce soir, ici à Avenches !

Cet après-midi, j'ai eu la chance de découvrir votre magnifique cité.

Je peux d'ailleurs vous rassurer...

Les Romains ne sont pas revenus !

En revanche, ils ont laissé derrière eux quelque chose de précieux : une ville magnifique... et une belle occasion de réfléchir.

En parcourant ces rues vieilles de près de deux mille ans, une question m'est venue.

Une question qui concerne notre histoire.

Une question qui concerne aussi notre avenir.

Et, d'une certaine manière ... notre neutralité.

Mais n'allons pas trop vite.

Tout le monde parle de la « bonne vieille époque ».

Mais... laquelle ?

·       Celle des Romains ?
·       Celle de 1291 ?
·       Celle de 1848 ?
·       Ou celle de nos grands-parents ?

Les Helvètes ont disparu.
Heureusement.

Sinon il aurait fallu leur expliquer la déclaration d'impôt vaudoise...

Au fond, chaque génération croit volontiers que le meilleur est derrière elle.

Pourtant, si la Suisse existe encore aujourd'hui, ce n'est pas parce qu'elle est restée la même.

C'est parce qu'elle a toujours su évoluer...
sans jamais cesser d'être elle-même.

Cet été, beaucoup de Suisses ont eu chaud.
Très chaud.
A cause de la météo.

Mais aussi à cause du monde.

Cette année, nous avons regardé le ciel avec inquiétude.

·       Tantôt pour la pluie.
·       Tantôt pour la fumée.
·       Tantôt pour les missiles.

Nous avons vu les incendies ravager des régions entières.

Nous avons vu des tremblements de terre frapper le Venezuela et le Japon.

Nous avons vu la guerre faire rage en Ukraine et les conflits s'étendre au Moyen-Orient.

Et nous avons tous ressenti la même impression.

·       Le monde paraît plus instable.
·       Plus imprévisible.
·       Plus nerveux.

Et pourtant...

ce soir, à Avenches...

des enfants jouent.
·       Des familles se retrouvent.
·       Des voisins discutent.
·       Des personnes qui ne votent pas pour le même parti partagent la même table.

Cela paraît normal.

Mais ce n'est plus normal partout.

Nous pouvons voter.

Exprimer librement nos opinions.

Créer une entreprise.

Pratiquer notre religion.

·       Ou n'en pratiquer aucune.

Critiquer le gouvernement...

·       je pense évidemment au vôtre...

·       ...même si celui de mon canton me rappelle ces jours-ci qu'aucun gouvernement n'est à l'abri des turbulences.

Tout cela nous paraît normal.

En réalité ... ce sont des privilèges.

Et lorsqu'on regarde le monde avec un peu de recul...

on mesure la chance que nous avons.

Pourquoi ?

Pourquoi la Suisse traverse-t-elle les tempêtes sans perdre son équilibre ?

Parce qu'elle n'a jamais confondu fidélité et immobilisme.

·       Elle n'a jamais changé pour le plaisir de changer.

·       Mais elle n'a jamais refusé le changement lorsqu'il devenait nécessaire.

Depuis des siècles, elle essaie de distinguer deux choses.

·       Ce qu'il faut adapter.
·       Et ce qu'il faut préserver.

Car un pays ne dure pas parce qu'il change tout.

Ni parce qu'il ne change jamais.

Il dure parce qu'il sait reconnaître ce qui mérite d'être protégé.

Et pour la Suisse...

l'un de ces biens précieux porte un nom.

La neutralité.

·       Elle fait partie de notre identité.
·       Elle inspire confiance.
·       Elle nous permet de défendre notre indépendance.

Mais surtout...
elle fonctionne.

Je le vois chaque semaine.

·       À Genève.
·       À Vienne.
·       Au Bürgenstock.

·       Et dans bien d'autres endroits dont on ne parlera jamais dans les journaux.

Notre neutralité n'est pas un musée.
Ce n'est pas une relique.
C'est un outil.

Et un outil est fait pour être utilisé.
Pas pour être exposé dans une vitrine.

Dans quelques semaines, nous serons appelés à nous prononcer sur une initiative populaire concernant la neutralité.

Elle propose d'en donner une définition plus détaillée et plus contraignante dans notre Constitution.

L'intention est de renforcer notre neutralité.

La question est :

Voulons-nous une neutralité plus forte ...
... ou une neutralité plus rigide ?

Car la neutralité n'est jamais un but en soi.
Elle est un moyen.

·       Un moyen au service de notre liberté.
·       De notre sécurité.
·       Et de notre prospérité.

Une Constitution n'est pas un mode d'emploi.
C'est une boussole.

·       Elle fixe des principes.
·       Elle ne prescrit pas chaque geste.
·       Elle indique une direction.

Et elle doit continuer à guider notre pays, la Suisse...
dans cinquante ans aussi.

Notre neutralité n'est pas notre refuge.

Elle est notre manière d'être utile.

Le monde manque souvent de confiance.

Il manque parfois de dialogue.

Il manque de patience.

La Suisse ne résoudra pas tous les conflits.

Nous sommes un petit pays.

Mais un petit pays peut parfois ouvrir une porte...
que d'autres ne parviennent plus à ouvrir.

·       Offrir un lieu.
·       Créer un espace de dialogue.
·       Écouter.
·       Rapprocher.

Chercher une solution lorsque tout semble bloqué.

Voilà pourquoi notre neutralité est précieuse.

Elle ne nous éloigne pas du monde.

Elle nous permet d'être utiles au monde.

Et c'est la neutralité que nous avons eue depuis 180 ans.

En quittant Aventicum cet après-midi ... je me suis posé une dernière question.

Aventicum fut l'une des plus belles villes de l'Empire romain.

La capitale des Helvètes.

Aujourd'hui ...
elle est un magnifique témoignage de notre histoire.

·       Mais l'Empire romain a disparu.
·       Les Helvètes ont disparu.

Alors une question demeure.

Pourquoi Aventicum a-t-elle disparu... alors que la Suisse est toujours là ?

Parce qu'un pays ne vit pas grâce à ses pierres.

Il vit grâce aux femmes et aux hommes qui le construisent.

Grâce à leur capacité de regarder le monde tel qu'il est.

Sans renoncer à ce qu'ils sont.

De changer lorsque c'est nécessaire.

Et de préserver ce qui compte vraiment.

Et à distinguer entre l'un et l'autre.

Voilà pourquoi la Suisse est toujours là.

Et voilà pourquoi elle continuera à être là.

Finalement...

la « bonne vieille époque » n'est peut-être pas derrière nous.

Elle dépend surtout de ce que nous construirons ensemble demain.

Parce qu'aujourd'hui, plus que jamais...
le monde n'a pas besoin que la Suisse soit plus grande.

Il a besoin qu'elle reste la Suisse.

Peut-être même...
d'un peu plus de Suisse.

Vive Avenches !
Vive le canton de Vaud !
Et vive la Suisse !