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DiscoursPublié le 17 juin 2026

Ouverture de la conférence annuelle d’examen des questions de sécurité de l’OSCE - « Osons anticiper »

Vienne, 17.06.2026 — Discours du conseiller fédéral et président en exercice de l’OSCE Ignazio Cassis à Vienne – Seul le texte prononcé fait foi

Monsieur le Secrétaire général,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Lorsque la diplomatie paraît impossible, elle devient indispensable.

Depuis six mois, la Suisse préside l’OSCE avec cette conviction.

Non pas parce que le dialogue serait facile. Mais précisément parce qu’il est devenu difficile.

Non pas parce que le consensus serait à portée de main. Mais parce qu’il faudra bien, un jour, recréer les conditions qui permettront de le reconstruire.

Aujourd’hui, à mi-parcours de notre présidence, cette conférence nous offre l’occasion de regarder la réalité en face.
Et de nous poser une question simple :

Que peut encore apporter l’OSCE à la sécurité européenne ?

Où en sommes-nous ?

La sécurité européenne traverse sa crise la plus profonde depuis la fin de la Guerre froide. La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine continue de faire rage.

La Suisse la condamne avec la plus grande fermeté ainsi que les souffrances qu’elle inflige au peuple ukrainien.

Et en même temps, une réalité encore plus large s’impose.

·       La confiance s’est effondrée.

·       Les mécanismes de maîtrise des armements se sont affaiblis.

·       Les risques militaires augmentent.

·       Les tensions se multiplient.

Et les logiques de confrontation que beaucoup croyaient appartenir au passé sont de retour.

Mesdames et Messieurs, Excellences

C’est un constat lucide - mais ce n’est pas une fatalité.

Car l’histoire européenne nous enseigne une chose : les périodes les plus dangereuses ne sont pas celles où les désaccords existent :

Ce sont celles où les canaux de communication disparaissent.

Pourquoi l’OSCE compte encore

Dans le contexte actuel, certains s’interrogent sur l’utilité de notre organisation.

La question est légitime.

Ma réponse est simple.

L’OSCE n’a jamais été conçue pour les périodes d’harmonie.
Elle a été créée précisément pour les périodes de confrontation.

L’Acte final d’Helsinki n’a pas été signé entre amis.
Il a été signé entre adversaires.

Son objectif n’était pas d’effacer les divergences.
Son objectif était d’empêcher qu’elles ne dégénèrent.

Créer de la transparence. Réduire les risques.
Préserver le dialogue lorsque plus rien d’autre ne fonctionne.

Cinquante ans plus tard, cette mission reste d’une étonnante actualité.

·       Car qui réunit encore cinquante-sept États autour de la même table ?

·       Qui offre encore un espace où tous peuvent s’exprimer ?

·       Qui dispose encore d’instruments spécifiquement conçus pour renforcer la transparence militaire et réduire les risques d’escalade ?

L’OSCE.

À ceux qui doutent aujourd’hui de sa pertinence, je réponds donc simplement :

si la confrontation est de retour en Europe,
alors la raison d’être de l’OSCE l’est également.

Certains de nos outils doivent évoluer.

Certaines méthodes doivent être adaptées.

Mais leur raison d’être demeure intacte.

Voici le thème de notre 3e conférence les 3 et 4 septembre prochains à Berne.

Ce que nous faisons

Mesdames et Messieurs

Préserver l’OSCE ne consiste pas seulement à défendre son utilité. Cela exige aussi un travail concret.

Après plusieurs années de blocage, nous avons ensemble obtenu l’adoption du budget 2026.

Ce résultat ne résout pas toutes nos difficultés.
Mais il permet à notre organisation de fonctionner.
Et d’assumer son mandat.

Il envoie aussi un signal important : même dans un contexte de confrontation, les cinquante-sept États participants demeurent capables de trouver un consensus.

Ce n’est pas un détail. C’est un signe de résilience institutionnelle.

Nous avons également engagé les réformes nécessaires afin d’adapter notre Organisation aux défis actuels, tant au siège qu’au sein des missions de terrain.

J’ai d’ailleurs personnellement visité les missions de l’OSCE en Bosnie-Herzégovine et en Moldavie — et je me rendrai encore cette année en Asie centrale et dans le Caucase du Sud.

Car la crédibilité de l’OSCE ne se mesure pas uniquement à son siège.
Elle se mesure surtout à sa capacité d’agir sur le terrain.

Fidèle à cette même conviction, la présidence suisse s’est rendue dès le mois de février en Ukraine ainsi qu’en Russie.

Nous l’avons fait parce que nous pensons que le dialogue, même difficile, reste préférable à des monologues parallèles qui n’apportent ni confiance ni solutions.

Enfin, la présidence suisse poursuit un objectif que j’ai évoqué dès le début de notre mandat : faire en sorte que l’OSCE soit prête lorsque les circonstances politiques permettront de nouveaux progrès vers la paix.

Nous ne savons pas quand ce moment viendra.

Mais nous savons qu’il serait irresponsable de l’attendre sans préparation.

C’est pourquoi nous ne nous contentons pas d’attendre.

Avec le Secrétaire général et les structures compétentes, nous préparons activement l’OSCE à assumer pleinement les responsabilités qui relèveront de son mandat lorsque les conditions politiques le permettront.

Le jour où une fenêtre d’opportunité s’ouvrira, l’OSCE devra être prête.

Et elle le sera.

Je tiens à remercier chaleureusement le Secrétaire général – merci, cher Feridun – ainsi que les responsables des institutions autonomes de l’OSCE et leurs équipes pour leur engagement, leur professionnalisme et le travail remarquable qu’ils accomplissent au quotidien.

Que devons-nous préparer ?

Nous devons bien sûr gérer les crises d’aujourd’hui.

Mais nous devons aussi préparer la sécurité de demain.

Or le monde change à une vitesse inédite.

·       En Ukraine, les drones ont transformé le champ de bataille.

·       Dans le cyberespace, les attaques hybrides visent nos institutions et nos infrastructures critiques.

·       L’intelligence artificielle modifie déjà la manière dont les conflits sont préparés, conduits et perçus.

·       Les technologies quantiques annoncent à leur tour des bouleversements majeurs.

La question n’est donc plus de savoir si ces transformations auront lieu. Elles sont déjà en cours.

La véritable question est : qui définira les règles ?

·       Les ingénieurs ?

·       Les entreprises ?

·       Ou les responsables politiques ?

L’innovation ne provient plus seulement des États.
Mais la responsabilité politique, elle, demeure entre les mains des États.

C’est pourquoi nous devons mieux relier le monde de l’innovation et celui de la décision politique.

·       Mieux anticiper.

·       Mieux comprendre.

·       Mieux agir.

C’est dans cet esprit que la présidence suisse a organisé à Genève le mois dernier une conférence consacrée aux technologies émergentes et à leur impact sur notre sécurité commune.

Conclusion

Excellences,

Depuis six mois, la présidence suisse ne cherche pas à masquer nos divergences.
Elle cherche à préserver ce qui nous permet encore de les gérer sans escalade.

L’histoire européenne nous rappelle qu’aucune architecture de sécurité ne peut survivre sans communication.
Les crises deviennent dangereuses lorsque les canaux de contact disparaissent.

Les guerres deviennent incontrôlables lorsque plus personne ne parle à personne.
C’est précisément pour éviter ce moment que l’OSCE existe.

·       Elle n’est sûrement pas parfaite.

·       Elle n’est certainement pas suffisante.

·       Mais elle demeure l’un des rares espaces où la sécurité européenne peut encore être discutée par tous.

Préservons cet acquis.

Faisons-le vivre.

Et préparons ensemble la sécurité de demain.

Je vous remercie.