Discours du conseiller fédéral Ignazio Cassis, président en exercice de l'OSCE, lors du lancement officiel de la présidence suisse de l'OSCE en 2026
Vienne, 15.01.2026 — Discours d'ouverture du conseiller fédéral et président en exercice Ignazio Cassis lors du Conseil permanent de l'OSCE. L'événement s'est tenu à Vienne. Le discours a été prononcé en anglais – Seul le texte prononcé fait foi
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
C'est un honneur pour moi de m'adresser pour la première fois au Conseil permanent en ma qualité de Président en exercice de l'OSCE.
Remerciements – Tragédie de Crans Montana
Permettez-moi d’exprimer mes condoléances au nom du gouvernement suisse à toutes les victimes du drame de Crans-Montana, ainsi qu’à leurs familles. Je remercie les nombreux Etats présents qui nous ont soutenus et qui nous ont manifesté leur solidarité. Sentir que nous ne sommes pas seuls face à une telle tragédie compte énormément.
Présidence Suisse 2026 – Préserver l’esprit d’Helsinki dans un monde en crise
Mesdames et Messieurs,
L’OSCE est l’un des plus grands succès diplomatiques de la guerre froide.
Notre organisation est née à une époque de confrontation idéologique aiguë. Elle n’a jamais été conçue pour des temps faciles, mais pour des temps dangereux.
Si elle existe encore aujourd’hui, c’est parce que les États participants ont intégré depuis 50 ans que le dialogue et la sécurité coopérative ne sont pas des luxes, mais des nécessités.
Pourtant, la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine a plongé notre organisation dans la plus grave crise de son histoire. Notre consensus est fragilisé, notre capacité d’action réduite, et notre confiance profondément entamée.
Une approche suisse claire et assumée pour que l’OSCE reste pertinente
Mesdames et Messieurs
La Suisse aborde sa présidence avec une conviction claire : la crise actuelle doit renforcer l’OSCE, et non la marginaliser.
Notre approche repose sur trois exigences :
Efficacité : nous devons concentrer nos actions là où elles apportent une réelle valeur ajoutée ; Crédibilité : nos engagements doivent être réalistes, finançables et politiquement soutenables ; Réactivité : notre organisation doit être prête à agir lorsque des fenêtres d’opportunité s’ouvrent.
Pour réussir, l'OSCE a également besoin d'un budget. Il est prioritaire d'y parvenir dès que possible. Outre un budget, l'OSCE a besoin de réformes. Nous préparons des propositions pragmatiques afin que l'OSCE puisse remplir son mandat. Nous en discuterons tous ensemble.
La présidence suisse ne promet pas l’impossible. Mais nous refusons l’immobilisme.
Ukraine : préparer l’OSCE à agir
Notre priorité actuelle est claire : contribuer, lorsque les conditions le permettront, à une paix juste et durable en Ukraine.
Pour rester pertinente, nous devons faire pleinement partie des discussions actuelles et futures sur une telle paix. Au cours de cette année, la Suisse s’emploiera donc à réaffirmer ce rôle et à faire en sorte que l’OSCE soit reconnue comme un acteur utile et nécessaire.
A cet effet, j’ai demandé au Secrétaire général d’intensifier les préparatifs afin que l’OSCE soit prête à assumer un rôle ciblé, crédible et complémentaire en cas de désescalade ou de cessez-le-feu entre l’Ukraine et la Russie.
L’OSCE ne sera ni une force d’imposition de la paix, ni une solution miracle. Mais elle peut jouer un rôle utile – notamment comme plateforme de dialogue, comme mécanisme de soutien à un cessez-le-feu, ou comme acteur de stabilisation ciblée.
Dans l’immédiat, toutefois, les attaques contre la population et les infrastructures civiles en Ukraine se poursuivent. La Suisse condamne fermement toutes les attaques visant des civils et des biens de caractère civil. Le droit international humanitaire doit être respecté en tout temps.
Nous réitérons également notre demande de libération immédiate des trois membres du personnel de l’OSCE détenus par la Russie.
L’OSCE : une plateforme politique, pas spectatrice
Mesdames et Messieurs
Cette guerre est le plus grand défi de notre organisation depuis sa création : nous devons rétablir la confiance entre tous nos membres et recoller à l’esprit d’Helsinki.
Nous devons redonner son sens au consensus sur lequel s’est bâtie l’OSCE : non pas un droit de veto, mais un engagement à avancer tous ensemble. Avec une présidence prête à faire des choix politiques clairs.
Vous trouvez devant vous une brochure présentant les priorités de la Présidence suisse ainsi que les conférences que nous organiserons cette année.
Nous souhaitons que l'OSCE reste :
1. une plateforme de dialogue inclusif, y compris lorsque se parler est difficile ;
2. un forum capable d’anticiper les transformations technologiques qui redéfinissent déjà notre sécurité ;
3. un acteur complémentaire crédible aux autres mécanismes internationaux ;
4. un gardien impartiale de notre sécurité collective sur le terrain, prête à observer, à documenter, à accompagner la paix dès que possible.
Nous devons répondre aux attentes des fondateurs de l'OSCE : elles sont aujourd'hui les mêmes qu'il y a 50 ans : la paix et la sécurité.
L’Europe et le monde de 1975 n’étaient pas en paix.
Et pourtant, la diplomatie s’est imposée. C’est lorsque l’instabilité domine que nous devons et pouvons agir avec courage et clarté.
Conclusion
Je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui font vivre l’OSCE au quotidien : le Secrétariat, les institutions autonomes, les présidences des comités.
Je me réjouis de travailler en étroite collaboration avec vous tous afin de garantir que l'OSCE reste en mesure d'agir.
Je vous remercie.
